L’acide alpha-lipoïque, le roi des antioxydants

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Quand vous coupez en deux une pomme, et que vous la laissez quelques minutes à l'air libre, elle prend une couleur de rouille : c'est ce qu'on appelle l'oxydation. Même si c'est un phénomène naturel, nos défenses antioxydantes peuvent être dépassées et notre corps va alors être attaqué et vieillir plus vite. On peut observer ce phénomène de "rouille" entre autres, sur notre peau avec des rides marquées par l'oxydation due à l'exposition trop intense aux rayons du soleil, mais aussi au tabac, à la pollution, au stress ( et oui, le stress nous fait vieillir plus vite).

Ce qui se passe à l'extérieur, se passe également à l'intérieur de notre corps.

C'est pourquoi je vous propose aujourd’hui un focus sur un antioxydant majeur, l’acide alpha-lipoïque (AAL) : c’est l’antioxydant par excellence de nos mitochondries, les petites usines énergétiques de nos cellules. Il joue un rôle essentiel au sein de notre organisme et surpasse tous les autres antioxydants conventionnels en ciblant justement la mitochondrie, le principal site de production de radicaux libres endogènes, responsables du stress oxydatif. Hypoglycémiant, anti-inflammatoire, anti-tumoral et même anti-vieillissement, il est non seulement garant d’une bonne santé globale, mais également une aide précieuse dans nombre de maladies. Petit guide de l’utilisation de la « Rolls Royce » des antioxydants.

Petit rappel des faits sur le stress oxydatif

Le stress oxydatif est généré par les radicaux libres, dont les assauts répétés et accumulés peuvent aller jusqu’à causer des dommages irréversibles sur les cellules qui finissent par mourir, et mener ainsi à la dégénération des tissus, faisant le lit de différentes pathologies qui vont du vieillissement prématuré aux maladies neurodégénératives, en passant par le diabète, les cancers et les maladies cardiovasculaires. Ces molécules hautement toxiques que sont les radicaux libres sont générés par différentes sources extérieures comme les polluants environnementaux, mais pas que : notre corps en produit aussi. Et c’est au niveau de la mitochondrie, siège d’une énorme production d’énergie, qu’ils sont générés. Heureusement, nous disposons de puissantes défenses anti-radicalaires et l’acide alpha-lipoïque (AAL)1 y joue un rôle essentiel. L’AAL se trouve dans nos mitochondries donc dans toutes les cellules de notre corps. Notre organisme en synthétise de petites quantités, mais suffisantes – dans des conditions optimales – pour assurer ses fonctions métaboliques. Qui ne sont pas des moindres !

Cofacteur essentiel des enzymes mitochondriales

Sans énergie, pas de vie. Et notre corps est constitué d’un très grand nombre de cellules dont chacune nécessite beaucoup d’énergie pour pouvoir fonctionner. Ce sont nos petites mitochondries qui s’en chargent, comme nous l’avons vu ensemble (Voyage en mitochondries 1). C’est ce que l’on appelle la respiration cellulaire, processus au cours duquel la mitochondrie assimile la nourriture que nous mangeons en utilisant l’oxygène que nous respirons pour transformer tout cela en énergie utile (l’ATP), ce à partir du métabolisme du glucose et de la dégradation des acides gras.

Or, l’AAL intervient dès le début du processus, en tant que cofacteur pour les enzymes catalysant les étapes finales de la glycolyse (qui convertit le glucose en pyruvate, lui-même étant ensuite converti en acétyl-CoA), suite auxquelles les composés résultants peuvent entrer dans le cycle TCA (autrement appelé cycle de Krebs).

Et à l’étape suivante…

Cette énorme synthèse énergétique (jusqu’à 50 kg d’ATP produite par jour) génère une quantité tout aussi impressionnante de radicaux libres, rapidement rappelés à l’ordre, en fait tout bonnement détruits par notre propre système anti-incendie : la superoxyde dismutase et le glutathion, qui sont deux antioxydants endogènes. Et l’AAL intervient de nouveau ici en jouant un rôle important dans la production du glutathion2.

Qui plus est, l’acide alpha-lipoïque est impliqué dans le système de réparation des dommages oxydatifs causés aux protéines3.

Enfin, l’AAL recèle deux autres propriétés anti-oxydantes non des moindres : il est capable de régénérer des antioxydants endogènes tels que la vitamine C et la vitamine E, et aussi de piéger les métaux lourds (chélation), ce qui fait de lui une aide précieuse pour contrer certains effets néfastes de la pollution, notamment ceux liés aux métaux lourds comme le mercure.

Grâce à ces propriétés, l’acide alpha-lipoïque est donc fréquemment utilisé pour le traitement de pathologies associées au stress oxydant, telles que le diabète, l’athérosclérose, les maladies du foie et les maladies neurodénégératives.

Et les cancers…

Au-delà de son efficacité dans le traitement de ces maladies chroniques, les chercheurs ont démontré ses effets anticancéreux dans différents types de cancers, notamment la leucémie, le cancer des ovaires, du côlon, le neuroblastome ou encore le cancer du sein. L’AAL agit en régulant plusieurs voies de signalisation impliquées dans la prolifération, l’invasion, la migration, la dissémination métastasique (dite EMT) et l’apoptose. Concernant les patients traités par chimiothérapie, l’AAL augmente son efficacité et prévient ses effets secondaires4.

Diabète, surpoids, obésité

Dans le diabète, il permet notamment de limiter le risque de complications comme des atteintes nerveuses, appelées neuropathies diabétiques, caractérisées par des douleurs d’origine nerveuse dans les pieds, les jambes et les mains. C’est d’ailleurs dans cette indication qu’il est le mieux prouvé.

Une étude a par exemple montré qu’une dose de 600 mg par jour permet d’atténuer les symptômes de la neuropathie diabétique, tout en limitant les nausées et les vomissements que peuvent provoquer de fortes doses d’AAL.

L’AAL agirait aussi directement sur la glycémie5.

Ses effets sur le surpoids et l’obésité ont été évalués dans plusieurs études, montrant qu’il permettait de perdre du poids, de la graisse et des centimètres de tour de taille, ainsi que de réduire l’IMC. Il permet également d’améliorer la santé métabolique en normalisant deux substances sécrétées par le tissu adipeux : l’adiponectine (impliquée, entre autres, dans la régulation du métabolisme des lipides et du glucose) et la leptine (dite « hormone de la satiété », qui régule les réserves de graisses dans l’organisme et l’appétit en contrôlant la sensation de satiété)6.

Dans la sclérose en plaques

Les effets de l’AAL ont été étudiés dans la sclérose en plaques, qui comporte une forte composante inflammatoire. Ces essais cliniques ont montré que la prise de 1200 mg d’AAL par jour pendant 12 semaines à 2 ans permettait d’améliorer la marche, mais surtout le niveau d’inflammation des personnes souffrant de SEP.

L’AAL pourrait s’avérer intéressant d’une manière plus générale contre les maladies auto-immunes, dont fait partie la sclérose en plaques, grâce à des propriétés immuno-modulatoires qui gagneraient à être bien plus investiguées7.

Contre le vieillissement aussi…

L’AAL a aussi été étudié contre certains cas d’infertilité, de cataracte, et même contre le vieillissement. Concernant ce dernier, des études prometteuses sur les animaux ont montré que le fait de complémenter un régime avec de l’AAL, en particulier quand il est combiné à l’acétyl-L-carnitine (Les nutriments essentiels à vos mitochondries), a des effets anti-vieillissement significatifs : il rajeunit l’activité cellulaire, augmente la performance cognitive et améliore la fonction cardiaque8.

Les sources d’AAL

On trouve l’AAL dans des légumes verts comme les épinards et le brocoli, les choux de Bruxelles et dans certains abats, le foie notamment.

Mais l’alimentation ne l’apporte pas en quantités suffisantes pour nous révéler son effet thérapeutique. Il faudra donc le prendre sous forme de compléments si on veut obtenir cet effet car ils multiplient par mille l'effet antioxydant par rapport aux aliments.

L’AAL, pris en supplémentation, lui permet de circuler en tant que molécule « libre » qui peut œuvrer comme un antioxydant soluble dans l’eau (hydrosoluble) et dans la graisse (liposoluble), ce qui lui permet d’agir dans les deux milieux, ce qui est unique, d’où son appellation parfois d’antioxydant universel. La vitamine C, par exemple, se limite au compartiment aqueux à l’intérieur des cellules, et la vitamine E au niveau des membranes cellulaires graisseuses9.

L’acide alpha-lipoïque existe sous deux formes : R(+)-acide lipoïque et S(-)-acide lipoïque. Le corps ne peut en utiliser qu’une seule, la première (R-AAL), qui est mieux assimilée puisque semblable à celle que l’on trouve naturellement dans le corps et les aliments. La forme S est obtenue quant à elle artificiellement. De nombreuses formules commerciales sont synthétiques et contiennent les formes S (-) et R (+) en quantités équivalentes, ce qui implique une efficacité limitée à 50% de l’action biologique possible du produit. Elles sont donc, de fait, moins intéressantes.

L’AAL n’étant pas stable pendant très longtemps à température ambiante, il est recommandé de privilégier un AAL stabilisé R (+) ou maintenu au frais : conservé dans votre réfrigérateur à la maison, par exemple. De même, il faut éviter de l’exposer à des sources de chaleur.

Les doses conseillées

Pour un effet sur une maladie comme le diabète, les doses usuelles conseillées vont de 300 à 600 mg par jour, sous contrôle médical, bien entendu.

Une dose de 100 à 200 mg par jour vous permettra d’entretenir votre capital santé ou de maintenir un bon statut antioxydant.

Il est important de préciser que la biotine (vitamine B8 ou vitamine H) renforce l’absorption de l’AAL10. Il faut faudra donc un bon apport en cette vitamine via l’alimentation, mais parfois cela ne suffit pas et vous devrez vous supplémenter. La vitamine B8 joue en effet un rôle primordial dans l’organisme en tant que coenzyme jouant un rôle clé dans le métabolisme des nutriments, tant au niveau des glucides, des lipides et des protéines, et participe également à la synthèse d’autres vitamines comme la B9 et la B12.

L’AAL est parfois utilisé en injection intraveineuse. En Allemagne, par exemple, il est prescrit à la dose de 300 mg en plusieurs prises.

L’AAL provoque peu d’effets indésirables, même à long terme, et ils sont bénins. Ils apparaissent avec des doses supérieures à 600 mg par jour et se caractérisent par des maux de tête, des éruptions cutanées, des nausées et des vomissements.


Quelques précautions à prendre avec l’AAL


L’innocuité n’étant pas établie chez les enfants, les femmes enceintes et celles qui allaitent, ainsi que chez les personnes souffrant de maladies du foie ou des reins, il faut éviter d’en prendre si vous êtes dans une de ces conditions.

Il est recommandé aux personnes prenant de l’AAL de surveiller leur taux de fer parce que l’AAL peut le piéger (effet chélateur).

Si vous prenez de l’AAL et que vous êtes diabétique, il vous faut surveiller régulièrement votre glycémie. Si vous prenez des médicaments hypoglycémiants classiques, avertissez votre médecin, afin qu’il adapte leur posologie le cas échéant.

Enfin, si vous prenez des antiacides, veillez à respecter une période deux heures entre leur prise et celle de votre AAL.



En conclusion


À la lumière de tout ce que nous venons de voir ensemble, vous aurez bien compris que l’acide alpha-lipoïque fait partie de la longue liste des nutriments essentiels au bon fonctionnement de nos mitochondries, garant de notre bonne santé globale. Il figure largement en pôle position avec l’incontournable Coenzyme Q10 et la pyrroloquinoline quinone (PQQ), qui protège non seulement les mitochondries contre les dommages oxydatifs mais stimule également la croissance de nouvelles mitochondries, que nous avons pu évoquer précédemment (Voyage en mitochondries 2 : Les nutriments essentiels pour les mitochondries). Équilibre oxydatif et mitochondrial sont interdépendants donc indissociables, et vous en êtes les principaux acteurs, ne l’oubliez jamais.

Marion Kaplan et Myriam Marino

R LIPOANAT ® 60

ATP NAT


Notes

1- L’acide alpha-lipoïque ou acide lipoïque, appelé aussi acide thioctique

2 – L’AAL a une capacité de réduction des espèces réactives de l’oxygène (ROS) par recyclage du glutathion oxydé (GSSG) en glutathion réduit (GSH), processus qui joue un rôle clé dans la régulation des ROS pour protéger les cellules contre le stress oxydatif. Diana Farhat. Intérêt de stratégies anti-métaboliques pour le traitement du cancer du sein. Cancer. Université de Lyon ; Université libanaise, 2019

3 – Ce, en améliorant l’activité de ce que l’on appelle de la méthionine sulfoxyde réductase (PMSR), qui permet de restaurer la fonction des protéines oxydées sur leurs résidus Methionine. Op. cit. 2

4 – op. cit . 2

5 - À quoi sert l’acide alpha-lipoïque ? Passeport santé

6– op. cit . 5

7 – op. cit. 5

8 – Les mitochondries au cœur de la médecine du futur – Leur rôle essentiel dans de nombreuses maladies et leur guérison, Dr Lee Know, Éd. Dangles, 2019

9 – op. cit. 8

10 – op. cit. 5


29 / 09 / 2021