Le cortisol, l'hormone du stress : ni trop, ni pas assez

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Comment maintenir un bon taux ?

La rentrée risque d'être, pour la plupart d'entre nous, assez stressante vue le contexte sanitaire.

Je vous propose donc, aujourd’hui, un focus sur le cortisol, l’« hormone du stress» par excellence, indispensable à notre survie et dont il est absolument essentiel - une fois n’est pas coutume - de viser le juste équilibre. Un excès de cortisol mène à la maladie, et trop peu aussi. Stimulateur de notre immunité, rempart contre certains virus, essentiel au bon fonctionnement de nos mitochondries, il est vital de ne pas en manquer. Or, comme beaucoup d’hormones, sa sécrétion diminue avec l’âge. Nous allons voir ensemble comment maintenir un bon taux de cortisol, repérer les éventuels déficits, et comment agir le cas échéant.

Une hormone indispensable à notre survie

Le cortisol est une hormone stéroïde (corticostéroïde) sécrétée par les glandes surrénales (petites glandes situées au-dessus des reins) à partir du cholestérol. Sa sécrétion est sous la dépendance d’une autre hormone : l’ACTH (adrénocorticotrophine), produite par l’hypophyse, dont le rôle est de stimuler les glandes surrénales à sécréter du cortisol.

Le cortisol suit un rythme circadien, avec un taux maximal le matin (il nous permet de démarrer la journée) qui diminue tout au long de la journée pour atteindre son niveau le plus bas le soir. Notre organisme peut se mettre au repos. La mélatonine, parfois appelée « hormone du sommeil », prend le relais.


Différentes fonctions dans l’organisme

Le cortisol joue un rôle très important dans la régulation des grandes fonctions de l’organisme. Il participe notamment au métabolisme des glucides, des lipides et des protéines. Il permet de réguler la glycémie en augmentant la synthèse de glucose par le foie (néoglucogenèse) - ce qui lui confère une action hypoglycémiante -, mais aussi de stimuler la libération des lipides et des protéines dans la plupart des tissus1. Ce, en favorisant le catabolisme protéique (destruction des protéines en formant des acides aminés) et en provoquant une redistribution des graisses.

Outre sa participation dans la régulation de la pression artérielle (il aide à maintenir la pression sanguine) ou encore dans la croissance osseuse, le cortisol participe à la réaction anti-inflammatoire.

Cette hormone protège également de certains virus dont celui de la grippe, de la rougeole ou de la mononucléose2.


Face à la Covid-19…

Les corticoïdes sont d’ailleurs recommandés dans la prise en charge des formes graves de Covid-19. L’étude anglaise RECOVERY3 a démontré que 6 mg de dexaméthasone (un anti-inflammatoire à base de corticoïdes) par jour pendant 10 jours permet d’éviter des décès, en réduisant d’environ un tiers (20 à 30%) la mortalité des patients placés sous respirateur et d’environ un cinquième la mortalité des patients placés uniquement sous oxygène. En cas de tension d’approvisionnement de dexaméthasone, le Haut conseil de santé publique (HCSP) recommande l’utilisation de méthylprednisolone, de prednisolone ou d’hydrocortisone.

Nous parlons bien de formes graves de la maladie, j’insiste.

La cortisone, d’une manière générale, est souvent vue comme un traitement de dernier recours à éviter autant que possible en raison des nombreux effets secondaires qu’elle induit sur la durée : ostéoporose, diabète, hypertension, rétention d’eau, prise de poids… Ces formes synthétiques sont en effet très puissantes, souvent prescrites à des doses élevées, ce qui limite leur emploi dans le temps. Il s’agit de traitements urgents très utiles, mais ils n’ont rien à voir avec la thérapie hormonale visant à combler une déficience physiologique à l’aide de l’hydrocortisone bio identique, comme nous allons le voir ensuite.

Ceci ayant été précisé, revenons au cortisol et aux différentes fonctions auxquelles il participe.

À dose excessive, le cortisol tend à baisser l’immunité, mais à dose physiologique, il stimule la production des cellules T, il augmente localement le taux de leucocytes granuleux et le taux d’immunoglobulines IgG, IgA et IgM4. D’ailleurs, on peut constater « de visu » une augmentation des globules blancs sur la numération formule sanguine (NFS) avec la prise de cortisol.

Le cortisol possède également des propriétés antioxydantes en neutralisant les radicaux libres générés lors de situations de stress.

Il est aussi un cofacteur essentiel à l’entrée de l’hormone thyroïdienne T3 dans la cellule cible.

Le cortisol, c’est aussi l’hormone de l’énergie en participant activement à la synthèse de l’ATP dans les mitochondries. Il fait partie de la trentaine de substances différentes (parmi lesquelles les hormones thyroïdiennes, le coenzyme Q10, le magnésium, les acides gras oméga-3, la carnitine, la mélatonine…) nécessaires à l’activation des aliments en énergie.


L’hormone du stress par excellence

Et nous terminerons, bien sûr, par ce rôle essentiel et vital s’il en est du cortisol : la réponse au stress.

Il est généralement considéré comme l’hormone du stress parce que son taux augmente lors de stress aigus, ce qui nous permet de faire face à un événement important ou à un danger imminent. La production d’un pic de cortisol va mobiliser les processus nécessaires (par exemple en puisant dans les réserves de l’organisme pour produire de l’énergie) et ensuite permettre de revenir à l’état d’équilibre5. Une capacité de d’adaptation de notre organisme bien mise à mal quand le stress se prolonge ou se répète…


L’excès de cortisol est mauvais pour le cerveau. Ce phénomène neurotoxique peut favoriser une désorganisation, voire une dégénérescence neuronale dans l’hippocampe. Un excès de cortisol inhibe la production de BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), facteur essentiel à la prolifération, la différenciation et la survie des neurones6.

L’hypersécrétion de cortisol et de catécholamines (dont les plus courantes sont l’adrénaline, la noradrénaline et la dopamine) en cas de stress chronique peut conduire à l’apparition d’un syndrome métabolique associant plusieurs symptômes : obésité abdominale, état de résistance à l’insuline pouvant évoluer vers un diabète, hypertension artérielle et perturbation du métabolisme des lipides7.

A contrario de la dépression, on observe dans de nombreuses études sur le burn out une diminution de la sécrétion de cortisol, en particulier dans la plupart des cas sévères.

Plusieurs études ont aussi constaté chez l’Homme ou d’autres mammifères une baisse du taux de cortisol lors de stress chroniques. Par exemple, une étude menée auprès d’équidés8 a révélé qu’un stress chronique de mal-être était associé à un taux cortisol plus bas chez des 59 chevaux adultes de trois centres équestres, observés dans leurs conditions de vie habituelles : hébergement dans des boxes individuels (restriction spatiale et sociale) et travail auprès de cavaliers inexpérimentés – autant de facteurs de stress potentiels qui, répétés, peuvent induire un état de mal-être chronique. Ceci rejoint ce qu’avait constaté l’équipe d’éthologie précédemment : un taux anormalement bas de cortisol chez des chevaux présentant un syndrome « dépressif » avec apathie combinant des périodes d’immobilité, une prostration et une absence de réactivité à l’environnement.

Ce taux anormalement bas de cortisol peut s’expliquer par l’usure du système face à un stress suffisamment long et intense. Au bout de combien de temps le système s’use-t-il ? On ne le sait pas encore, mais la recherche est très active sur le sujet.

Ce phénomène montre dans tous les cas, comme le soulignent les auteurs, que le cortisol ne devrait pas être utilisé comme un indicateur absolu de stress ou de mal-être. Un fort taux de cortisol peut aller de pair avec le stress « positif » qui pousse à se dépasser. À l’inverse, un faible taux de cortisol n’est pas forcément le signe d’animaux non stressés, comme cela a été constaté auprès des chevaux. En dessous d’une certaine valeur, il y a bien matière à s’inquiéter9.


Ni trop, ni pas assez

Un manque de cortisol est ainsi aussi préjudiciable à l’organisme qu’un excès. Tout est dans la juste mesure, je le répète. Il est donc indispensable de maintenir un bon taux de cortisol, en sachant que comme pour beaucoup d’hormones, sa production diminue à mesure que nous prenons de l’âge. Son taux baisserait jusqu’à 20 à 25% après 40 ans.

Selon le Dr Thierry Hertoghe, spécialiste en hormonothérapie, 30 à 40% des adultes auraient une carence en cortisol, qui commence dès 25-30 ans.


Les signes d’une déficience en cortisol

Les symptômes fréquents d’une déficience en cortisol étant très nombreux, il est impossible ici d’en faire une liste exhaustive. Quelques signes physiques doivent toutefois vous interpeller, tels que le visage « creusé », des cernes sous les yeux, des taches brunes sur le visage, une tendance fréquente aux conjonctivites et aux allergies diverses, des douleurs articulaires et des fringales sucrées. Sur le plan comportemental, la déficience en cortisol enflamme le caractère, avec une tendance assez marquée à la parano.

Les atteintes physiques diffèrent selon le degré de manque de cortisol : un taux déficient de cortisol se caractérise par une prise de poids, une fatigue (le fameux « syndrome de fatigue chronique »), des coups de pompe après le repas de midi, une moindre résistance au stress, une dépression par fatigue, une envie de sucre et de sel, une hypotension… Un taux très bas donne, quant à lui, lieu à des douleurs articulaires, musculaires, une fibromyalgie, des tendinites, des crampes intestinales ou encore des éruptions cutanées.

Enfin, un taux effondré en cortisol mène au burn-out et est une cause majeure de candidose intestinale10.


Augmenter naturellement son taux de cortisol

Il est possible d’augmenter naturellement son taux de cortisol en s’exposant au soleil le matin (+ 5% en quelques minutes) et en prenant de la vitamine C et de l’acétyl-carnitine (1 à 2 g par jour). Certaines plantes sont aussi intéressantes : ashwagandha, rhodiola, réglisse, ou encore un champignon : le cordyceps.

Il faut, bien entendu - leitmotiv récurrent ! -, éviter de consommer du sucre, du pain blanc, et tout aliment à index glycémique élevé, qui réduisent de 20 à 40% la production de cortisol. Sans oublier que la surconsommation de sucre - telle que pratiquée aujourd’hui, puisqu’il est littéralement partout - fait proliférer le Candida albicans.

Enfin, le fait de pratiquer la cohérence cardiaque ou la méditation vous permettra certes de faire baisser votre taux de cortisol au repos, mais en améliorant sa production en situation de stress.


Côté tests

Les tests salivaires se révèlent de meilleur intérêt clinique pour mettre en évidence une déficience en cortisol par rapport aux tests sanguins classiques qui en ont peu, hormis pour repérer les déficiences sévères, comme dans la maladie d’Addison. Cette pathologie se caractérise par une altération des surrénales qui produisent trop peu de cortisol.

Quatre dosages salivaires sont réalisés à 8h, puis à 9h11, à 12h et enfin à 18h. Ce qui, d’après de multiples critères, peut permettre d’appréhender un burn-out, ou un burn-out terminal ou encore une dépression12…


Traiter un déficit de cortisol

La phytothérapie a toute sa place en cas de déficit modéré en cortisol ou simplement de fatigue surrénalienne modérée et réversible, avec des plantes adaptogènes, énergisantes, telles que l’ashwagandha, la rhodiola, le shissandra, le Pois Mascate, le Ginko Biloba, le Maca ou encore le Ginseng et la réglisse.

À côté de cela, il est nécessaire d’avoir un apport suffisant – ce qui passera certainement par la supplémentation - en magnésium, en nutriments, tels que la tyrosine, en vitamines : toutes celles du groupe B, en minéraux : zinc, manganèse, molybdène, chrome, sélénium, cuivre, iode. Sans oublier, bien sûr, les antioxydants : acide alpha lipoïque, resvératrol, hydroxytyrosol, pyrroquinoline quinone (PQQ), qui sont, comme vous le savez maintenant, autant de nutriments essentiels au bon fonctionnement de nos mitochondries.

Quand le taux de cortisol est bas en raison d’une candidose intestinale, le simple fait de « nettoyer » la flore permettra son retour à la normale. Les molécules intéressantes dans ce cadre sont : l’argent colloïdal, l’huile essentielle d’origan, la nystatine, l’itraconazole, l’huile de pépins de pamplemousse, la berbérine, l’ail, le noyer, la zéolithe. Enfin, le shiitake et le reishi (des champignons) sont aussi très intéressants.


Le cortisol en supplémentation physiologique

En médecine fonctionnelle, il est proposé une supplémentation physiologique à l’hydrocortisone bio identique, c’est-à-dire équivalente à celle sécrétée naturellement par les glandes surrénales quand elles ne sont pas épuisées. Cette sécrétion naturelle en cortisol est évaluée à 30 mg par jour chez l’homme et 20 mg chez la femme, pouvant varier en fonction de la surface corporelle13.

L’hydrocortisone bio identique a une demi-vie relativement courte, de 4 à 6h, et il faudra éviter les prises au-delà de 14h, afin de mimer le rythme circadien. Il est conseillé, en général, plusieurs prises par jour.

Quand la déficience s’accompagne d’inflammation, la (méthyl) predsinolone sera préférée à raison d’une prise par jour, la demi-vie étant de 24h.

Le traitement à l’hydrocortisone bio identique tel que pratiqué par la médecine fonctionnelle se décline ainsi :

Chez la femme, il se fait à hauteur de 15 à 30 mg, réparti ainsi, en fonction de ses sensations de fatigue persistante ou pas : 10 à 15 mg au réveil, 10 à 15 mg à midi, et 0 à 5 mg à 16h.

En cas de surdosage, cela s’exprimera le cas échéant par une impression d’être « speed », survoltée.

S’il y a inflammation : 5 mg de prednisolone au repas du matin.

Ou : 2-4 mg de méthylprednisolone au repas du matin.

Chez l’homme, la prise d’hydrocortisone est de 20 à 40 mg, répartis comme de la façon suivante : 10 à 20 mg au réveil, 10 à 15 mg à midi, et à 0 à 5 mg à 16h.

Et en cas d’inflammation : 5-6 mg de prednisolone au réveil, ou 4 mg de méthylprednisolone au réveil.

Si vous ne supportez pas la prise orale d’hydrocortisone, vous avez toujours la possibilité d’utiliser un gel liposomal de cortisol à 5%.

Enfin, dernière précision très importante, il est essentiel, quand on optimalise le cortisol, de veiller à maintenir des taux suffisants de vitamines K2 et D3 afin de neutraliser les effets secondaires éventuels du cortisol.

Tout est dans le juste équilibre.


Marion Kaplan et la journaliste Myriam Marino

Notes :

1 – Le cortisol dans le sang, Passeport santé

2 – Pleine santé, Guide illustré de médecine fonctionnelle et nutritive, Dr Stéphane Résimont, Alain Andreu, Éditions Marco Pietteur, 2021

3 - RECOVERY Collaborative Group, Horby P, et al. Dexamethasone in Hospitalized Patients with Covid-19 – Preliminary Report. N. Engl. J. Med. 2020 Jul 17

4 – op. cit. 2

5 - Bien-être animal : vers un nouvel indicateur de stress chronique chez le cheval ?, CNRS , 8 septembre 2017

6 - Dépression, Inserm, la science pour la santé

7 - Mécanismes associant stress et pathologies, Inserm

8 - Low plasma cortisol and fecal cortisol metabolite measures as indicators of compromised welfare in domestic horses. Jodi Pawluski et al. PLOS ONE, 8 septembre 2017

Ces chevaux, qui étaient dans ces conditions depuis au moins un an, ont été suivis pendant plusieurs années, op. cit. 5

9 – op. cit. 5

10 – op. cit. 2

11 – Afin de confirmer la présence ou pas de CAR « cortisol awakening response », la réponse d’éveil au cortisol. On pense que le CAR réduit l’inertie du sommeil pour se préparer aux facteurs de stress anticipés de la journée, et ce processus physiologique peut être émoussé chez ceux qui sont privés de sommeil et/ou ont des problèmes médicaux ou psychiatriques.

12 – op. cit. 2

13 – op. cit. 2


18 / 08 / 2021